Le groupe UGES a questionné , lors de la séance publique du 14 novembre 2025, la majorité départementale sur l’avenir du train touristique de La Mure dont le modèle économique questionne. Loin d’atteindre les objectifs fixés sur le nombre de voyageurs, les déficits d’exploitations s’enchaînent depuis 2021. Le groupe UGES est inquiet quant à la pérennité de cette infrastructure touristique très importante pour le dynamisme du territoire matheysin.
La longue histoire du Petit Train de La Mure débute en 1988. Ce train minier devient en 1903 la première ligne électrifiée au monde. Il a permis pendant 100 ans d’acheminer le charbon des mines de la Matheysine vers l’agglomération grenobloise. L’histoire de La Mure et plus largement du plateau Matheysin est étroitement associée à la vie de la mine. Le 28 mars 1997 celle-ci ferme définitivement, scellant une longue histoire industrielle sur le territoire marquée par une longue tradition de luttes syndicales et de la résistance communiste lors de la 2nde guerre mondiale.
La ligne ferroviaire est alors transformée en chemin de fer touristique exploité par le Département. Après l’éboulement massif du 26 octobre 2010 d’une falaise surplombant la ligne, la circulation est interrompue et seul le musée de La Mine image situé à La Motte-d’Aveillans reste ouvert. Avant l’éboulement, le petit train transportait en moyenne environ 70 000 passagers par an.
Contrairement à ce qui est très souvent dit dans l’hémicycle départemental, la gauche a toujours soutenu la relance de cette activité touristique, conscient du levier dynamique pour le territoire matheysin, conscient aussi de la complexité de la relance: à travers les appels d’offre lancés dès l’été 2011 dont les réponses entrainaient des coûts bien trop élevés pour la collectivité, la relance d’une délégation de service public en 2012 avec plusieurs offres insatisfaisantes jusqu’à celle du groupe Lavalin. Cette entreprise renonçait finalement à déposer une offre jugeant l’investissement trop risqué sur le long terme selon ses propres critères de décision. Suite à la relance, puis au retrait d’Atout Rail France, le Département a délibéré en 2016 pour déclarer infructueuse la procédure de délégation de service public (DSP) pour l’exploitation du train de La Mure lancée en 2013 et autoriser à ouvrir une procédure dite négociée. Une commission consultative (adhoc) pour le choix d’un concessionnaire est créée, la Gauche y participe. En juin 2017, le Département approuve l’offre d’EDEIS pour l’exploitation de la ligne et signe un contrat de concession (DSP) avec le soutien de la Gauche.
Cinq avenants à cette DSP seront signés entre 2019 et 2022, engageant le Département de l’Isère à hauteur de 28,47 millions d’euros HORS TAXES, prenant en charge à 100% un certain nombre de travaux d’urgence ou imprévus. D’autres dépenses sont aussi à pointer : dans la maintenance des bâtiments, la protection contre les risques naturels, des travaux de voirie… Nous avons plusieurs fois alerté sur le déséquilibre croissant de cette DSP en vue de l’exploitation de la ligne à l’été 2021 et maintenu notre vigilance sur le bon équilibre financier de la DSP.
Depuis sa reprise, l’exploitant (EDEIS) a fait face à plusieurs avaries mécaniques ou autres incidents. Les déficits d’exploitation s’enchaînent : 1.8M € en 2024, 1.67M€ en 2023 et 1.79M€ en 2022. L’année 2025 risque d’être largement déficitaire en raison de l’arrêt du train pendant 6 semaines en haute saison. Le nombre de visiteurs baisse depuis 2022, seulement 16 000 sont annoncés en 2025, très loin des 100 000 visiteurs visés initialement. L’enquête usager de 2023, les avis postés démontrent un certain nombre de carences : tarification trop élevée, annulations, végétation trop dense sur le long de la ligne jusqu’au Belvédère, offre restauration aux prix élevés.
Ce 14 novembre, le Département votera une compensation de 1,3 million d’euros au titre des exercices déficitaires 2022, 2023 et 2024 comme le prévoit le contrat de DSP (2 millions demandés initialement). Il est pointé que ces exercices ne sont « pas représentatifs » et que le délégataire s’engage pour 2026 et 2027 sur « une offre de service avec une fréquence et des horaires attractifs adaptés aux attentes du public, en haute comme en basse saison ». La mise en place de cette offre « est une condition sine qua non à la reprise des discussions ultérieures qui devront permettre, si besoin, d’ajuster le modèle économique pour garantir la durabilité de l’exploitation sans modification substantielle du contrat de délégation de service public ».
Cette ambition est louable : plus d’offres pour une meilleure exploitation. Mais la demande suivra-t-elle sans une réflexion sur les freins cités plus haut par les visiteurs ? Notre groupe est aujourd’hui inquiet quant à la pérennité du modèle économique de cette infrastructure touristique, dont on mesure l’importance pour le dynamisme du territoire. Nous questionnons également les retombées réels économiques sur le plateau matheysin alors que ce sont plus de 30 millions d’euros d’argent public qui ont été mobilisés sur ce train, alors que le contexte budgétaire nous impose la « prudence » pour citer le Président du Département. Comment imaginer l’avenir de ce partenariat à long terme alors que cette DSP nous engage 30 ans ?
