Le groupe UGES a questionné le Président du Département de l’Isère, en charge de l’aide Sociale à l’enfance, sur sa mobilisation pour protéger les jeunes mineurs isolés cibles des narcotrafiquants.
Aujourd’hui, le trafic de drogue impacte une grande partie de notre pays. Tous les territoires y sont confrontés et plus seulement les grandes villes et leurs périphéries. D’après un rapport de la Cour des comptes de septembre 2024, huit communes sur dix sont désormais touchées par la drogue.
Nous le savons, les réseaux criminels qui organisent le trafic de drogue utilisent depuis longtemps déjà des mineurs notamment, car la commission d’infractions par des mineurs connaît un traitement pénal spécifique. Ils exploitent également des mineurs non accompagnés (MNA), la mission d’enquête menée par nos collègues élus communistes, socialistes et écologistes lors du précédent mandat, en 2019, l’avait déjà signalé comme une problématique prégnante en Isère comme ailleurs. Ces derniers sont victimes et cibles des narcotrafiquants qui trouvent en eux des petites mains idéales pour le trafic : guetteurs, livreurs, vendeurs, en échange d’un hébergement ou de revenus de subsistance.
Les narcotrafiquants vont ainsi chercher une main d’œuvre bon marché et captive que constituent les mineurs non accompagnés, parfois même dès la sortie des foyers, quand ils sont pris en charge, ou directement dans la rue quand ils n’ont pas été reconnus mineurs. Bien souvent, ces mineurs non accompagnés sont également tenus par une dette de passage, afin de payer leur arrivée sur le territoire national.
La répartition genrée est ici bien menée. Les jeunes garçons sont orientés vers le narcotrafic, les jeunes filles vers la prostitution. Nous avions vu exposer récemment cette réalité sordide dans des départements du Sud de la France. Ces réseaux criminels créent ainsi la dette et proposent la solution pour la rembourser.
Pour perpétuer l’emprise sur ces jeunes gens, les trafiquants n’hésitent souvent pas à racketter leurs propres dealers afin de rendre impossible le remboursement de cette dette. Cela démontre bien le cynisme et la prédation de cette situation dont ces jeunes sont victimes.
Le département de l’Isère n’échappe malheureusement pas à ces dynamiques. La Préfecture a identifié les MNA comme un enjeu majeur en matière de sécurité. Notre département, touchée par de violents conflits de territoires liés à la drogue, voit de nombreux jeunes migrants recrutés par les réseaux. Le procureur de Grenoble a alerté sur la présence croissante de mineurs dans les trafics locaux. Des articles de presse les décrivent comme « chair à canon » des réseaux, exposés en première ligne lors des fusillades, en témoigne encore tristement les faits qui se sont produits le 15 novembre dernier dans notre agglomération.
Bien qu’aucune donnée précise ne soit disponible sur le nombre de MNA impliqués dans le trafic en Isère, les témoignages convergent. Les dispositifs de protection de l’enfance font face à des jeunes en rupture, parfois polytoxicomanes. Si des efforts sont faits pour prévenir leur enrôlement, les besoins restent énormes et nous avons la responsabilité, en tant qu’autorité publique en charge de l’Aide Sociale à l’Enfance de renforcer leur accompagnement du quotidien, assurer leur scolarisation, et leur insertion vers l’emploi, que ces jeunes soient reconnus mineurs ou qu’ils ne le soient pas. Car le coût humain et social d’une telle situation est bien plus abyssal que le coût économique d’une meilleure prise en charge.
