15 juin 2024

Un arbre un habitant : donner plus de moyens aux communes pour lutter contre les ilots de chaleur urbains

Plus d’un an et demi après le lancement du programme « 1 arbre 1 habitant en Isère », les conseillères et conseillers départementaux étaient amenés à se prononcer sur les évolutions des axes « forestier » et « cadre de vie », ainsi que sur la création du règlement de l’axe agricole, dernier volet du dispositif porté par le Département. Pour le groupe UGES, Daniel Bessiron a pu saluer les avancées sur les axes forestier et cadre de vie, en insistant toutefois sur l’urgence à lutter contre les îlots de chaleur urbains, ainsi que sur les objectifs de plantations de haies agricoles (axe agricole).

Après plus d’une année d’engagement dans différentes démarches départementales nous pouvons aujourd’hui faire plusieurs constats sur l’avancée du programme notamment sur les axes forestier et cadre de vie.

Nous sommes ainsi ravis de constater que les évolutions de l’axe forestier vont dans le bon sens permettant la prise en considération de plus de dossiers déposés. Cette approche est indispensable car l’urgence du changement climatique se fait ressentir dans l’ensemble des territoires Isérois.  La souffrance des forêts est malheureusement plus qu’une réalité. Les épisodes de sécheresse ont affaibli les arbres et favorisé le développement d’insectes ravageurs tel que le scolyte et l’impact des canicules répétitives se fait cruellement ressentir au niveau des zones arborées.

Il est à noter que l’institut national de l’information géographique et forestière (IGN) a publié très récemment de nouvelles données de l’inventaire forestier national et notre département n’échappe à cette dure réalité. L’étude du laboratoire d’inventaire forestier sur les effets du réchauffement climatique constate les faits suivants :

  • Un ralentissement de la croissance des arbres en France métropolitaine qui représente – 4 % de la croissance des arbres sur la période 2013-2021 (par rapport à 2005-2013). Des tendances de croissance fortement liées à l’intensité de la hausse des températures et à la baisse des précipitations estivales.
  • Un dépérissement des arbres bien réel
  • Une progression faible de la réserve en bois  
  • Une augmentation de la mortalité des arbres avec une hausse enregistrée de près de 80 % sur la période 2013-2021 par rapport à 2005-2013.
  • Une capacité à absorber le carbone en perte de vitesse : alors qu’elles absorbaient plus de 70 millions de tonnes de dioxyde de carbone en 2008, cette quantité est descendue à 27 millions de tonnes en 2022.

Le groupe UGES se félicite également des évolutions proposées sur l’axe cadre de vie qui font, partiellement, écho aux remarques que notre groupe avait porté à la connaissance de l’Assemblée en juin 2022.

Cependant, avec un résultat actuel de 14% basé sur l’objectif de 1 million d’arbres d’ici à la fin de ce mandat, il est essentiel d’aller plus vite et plus loin pour les zones urbaines denses qui sont les territoires les plus exposés aux problématiques des ilots de chaleur.  Nous le savons dans nos collectivités, l’indispensable végétalisation est plus coûteuse car elle demande des travaux de débitumisation et parfois de dévoiement des réseaux.

C’est pourquoi, nous souhaiterions que le Département soit plus sensible à cette exigence même si certes d’autres financements sont mobilisables à l’échelle nationales et européennes.

Enfin, l’axe agricole proposé est positif. Il vise à soutenir financièrement des actions déjà existantes menée par la Chambre d’Agriculture et la Fédération départementale des Chasseurs concernant la plantation des haies agricoles dans notre Département.

Alors que malheureusement depuis 1950 de nombreuses erreurs ont été effectuées par l’impulsion de politiques inadaptées de remembrement et de regroupement des terres agricoles avec comme objectif la mécanisation et l’industrialisation de l’agriculture. Aujourd’hui nous constatons que ces actions ont été dévastatrices au niveau de l’environnement et de la biodiversité. C’est 70% des haies qui ont disparu des bocages dans notre pays , soit environ 1,4 million de kilomètres de haies. Or, nous le savons, ces dernières sont bénéfiques pour :

  • la conservation de la biodiversité et son développement (ex pollinisateurs)
  • la protection des animaux d’élevage et des cultures
  • le stockage du carbone et la production de bois (ref forêt)
  • la stabilisation et l’enrichissement des sols
  • la régulation des inondations et l’épuration des eaux. En favorisant notamment la rétention des eaux de surface dans le sol, ainsi que leur infiltration, les haies permettent même par ce biais de rendre les cultures plus autonomes.
  • Les haies assurent aussi une fonction de barrière physique en permettant de limiter les effets du vent contre les dégâts occasionnés sur les cultures et le dessèchement des sols.

Le Gouvernement a d’ailleurs présenté il y a quelques semaine son « Pacte en faveur de la haie » doté d’un budget de 110 M€ dès 2024. L’Etat prend enfin conscience de l’urgence, ce plan sera-t-il une aubaine à saisir par le Département ?

L’enjeu de la plantation est donc indéniable, nous regrettons toutefois que pour se prémunir des éventuelles dérives futures liées au productivisme qu’aucun dispositif sur l’entretien et la protection des haies existantes n’ait été précisé  dans ce règlement.

Enfin, s’il est de bon sens de s’appuyer sur les acteurs compétents pour ce dispositif que sont la CDA et la FDCI, ne soyons pas dupes sur l’éventuel intérêt trouvé pour cette dernière. Planter des haies agricoles permet aussi de former de véritables corridors biologiques et ainsi offrir un habitat pour la faune sauvage. La chasse n’en est que plus accessible …

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