A l’occasion de plusieurs délibérations relatives à la Protection de l’enfance, les élu.e.s du groupe UGES ont souhaité remercier et saluer l’ensemble des agents du Département pour leur travail de terrain dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance.
La protection de l’enfance constitue aujourd’hui un sujet majeur et particulièrement préoccupant à l’échelle nationale. De nombreux reportages et témoignages en dénoncent les dysfonctionnements. La Défenseure des droits s’est saisie de cette question à travers plusieurs rapports. Le Président du Département de l’Isère a lui-même été auditionné à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire.
Cette actualité, qui vient confirmer les nombreuses alertes que le groupe UGES formuler depuis cinq ans, justifiait pleinement la mise en place d’une mission d’information et d’évaluation (MIE) sur la protection de l’enfance en Isère (demandée par l’opposition en décembre 2025, elle a été refusée par le Président). De telles missions ont d’ailleurs été engagées dans plusieurs départements (Indre-et-Loire, Deux-Sèvres, etc.).
Si nous pouvons interroger le calendrier choisi par la majorité départementale, le groupe UGES prend acte avec satisfaction de la présentation d’un plan d’action visant à sécuriser le parcours des enfants confiés au Département de l’Isère. Ces enfants doivent bénéficier d’une protection renforcée. il serait néanmoins illusoire de considérer qu’ils pourront un jour connaître une « enfance ordinaire », comme intitulé dans un axe du plan. Tous ont en commun d’avoir traversé des épreuves et nécessitent un accompagnement renforcé.
Nous partageons ainsi le constat de leur grande vulnérabilité, qui peut les exposer à des formes d’exploitation. À ce titre, l’institution doit pleinement jouer son rôle de protection. Nous partageons également l’engagement en faveur d’une société plus juste, plus solidaire et plus humaine.
Cependant, s’agissant des risques d’embrigadement dans les réseaux de prostitution et de la montée du sexisme dans les relations entre femmes et hommes, le groupe UGES avait déjà alerté à plusieurs reprises sur ces enjeux dans cet hémicycle. Nous avions notamment évoqué les séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, en demandant un soutien exceptionnel aux Centres de santé sexuelle, en particulier au Planning familial, acteur essentiel de la lutte pour l’égalité entre les sexes. La majorité n’a pas souhaité renforcer ce soutien et sollicite aujourd’hui davantage ces structures, notamment au bénéfice des jeunes de l’ASE. Une telle évolution peut légitimement interroger.
Il est également surprenant qu’il faille attendre le début de l’année 2027 pour mettre en place une sensibilisation aux phénomènes d’emprise liés à la prostitution, et ce via un simple guide, alors même que cet enjeu est prioritaire. Nous saluons dans ce sens les mesures visant à accompagner les jeunes déjà victimes, telles que la plateforme d’écoute ou le renforcement des consultations en psycho-traumatologie. Toutefois, nous estimons qu’un effort plus important doit être consacré à la prévention en amont.
De même, si la formation des professionnels au repérage des violences, y compris sexuelles, dans les Maisons d’enfants à caractère social (MECS) est indispensable, il convient également de s’interroger sur les moyens concrets alloués à la mise en œuvre des recommandations issues de ces formations. Par ailleurs, si la création d’un outil inspiré du « violentomètre » peut être pertinente pour identifier les situations à risque, son appellation « michtomètre » nous semble inadaptée, dans la mesure où elle tend à culpabiliser les victimes plutôt que les auteurs ou les réseaux.
Concernant la lutte contre la consommation de stupéfiants et l’implication des jeunes dans les réseaux de narcotrafic, les mesures annoncées restent limitées. Le renforcement de l’information et quelques actions de sensibilisation, à destination des jeunes et des parents, apparaissent insuffisants. Nous aurions souhaité, par exemple, des mesures spécifiques en direction des mineurs non accompagnés (MNA), comme cela avait été évoqué par le Président en réponse à notre question orale de décembre.
S’agissant de la santé physique et mentale des enfants confiés, la création d’un centre médical spécialisé nous paraît pertinente. Nous soutiendrons cette initiative, notamment à travers le CHAI. Toutefois, plusieurs enjeux essentiels demeurent insuffisamment traités dans ce plan d’action:
- Qu’en est-il, notamment, de l’insertion professionnelle des jeunes issus de l’aide sociale à l’enfance ?
- Quel accompagnement renforcé en matière d’orientation et d’accès au logement est-il prévu ? Les sorties sèches restent encore trop nombreuses en Isère.
- Qu’en est-il également des politiques de prévention et de soutien aux familles en amont des placements ? Ne conviendrait-il pas de renforcer davantage la prévention précoce et l’accompagnement à la parentalité, comme le demande régulièrement le groupe UGES ?
- Enfin, nous ne constatons ni avancées significatives ni augmentation notable des moyens consacrés à la prévention spécialisée ou à la lutte contre la radicalisation.
