Sophie Romera, conseillère départementale UGES du canton Grenoble 1, est intervenue dans le cadre du budget 2025 sur les politiques consacrée à la protection de l’enfance.
Nous avons, ces dernières années, connu des bouleversements et des souffrances exceptionnels, qu’il s’agisse de catastrophes climatiques, de pandémie mondiale, de troubles politiques et sociaux, sans parler des différentes guerres qui sévissent en ce moment à plusieurs endroits du globe.
Ce contexte très difficile est facteur de tension et de fragilité, de repli sur soi, et crée beaucoup d’incertitude et de précarité psychosociale. Et tout cela se répercute sur les rapports humains et la famille. Pour redonner un sens au monde dans lequel nous vivons, nous devons alors garantir des services publics présents, pro-actifs et renforcés.
Le Département de l’Isère, dont les compétences obligatoires sont centrées notamment sur les questions de solidarité, est très attendue et son rôle est crucial. Cela représente ainsi 57 % des dépenses de fonctionnement de la collectivité.
Le Département, même s’il a, comme toutes les collectivités, subi récemment des coupes budgétaires, reste en situation de pouvoir agir parce qu’il dispose de moyens conséquents. La question n’est donc pas tant celle des montants investis mais plutôt celle de l’utilisation de l’argent public qui en est faite. C’est celle des arbitrages et des priorités. Et c’est là que le débat politique a sa place et où, parfois, des choix différents doivent pouvoir être évoqués.
Pour le groupe UGES, la question de la prévention est essentielle et nous voulons insister sur plusieurs points :
- Dès la naissance, les équipes des Protection Maternelle et Infantile ont pour mission de repérer les besoins des enfants et des familles en situation de fragilité, et de les accompagner. Ce n’est pas une mince affaire, surtout lorsque la famille est divisée. Il est donc pour nous essentiel de maintenir des équipes formées et en capacité de s’adapter aux diverses situations familiales, pour agir vite et de façon ciblée dès le début.
- De même, le Département de l’Isère doit donner à la Protection de l’Enfance les moyens de relever des défis de plus en plus complexes : l’intégration d’enfants en situation de handicap et une multitude de situations parentales compliquées qui demandent une énergie et une agilité très importantes des éducateurs spécialisés et moniteurs-éducateurs, et des assistants familiaux. Et cela a des conséquences : le métier d’assistante familiale (car dans 9 cas sur 10 il s’agit de femmes) a perdu de son attractivité, 75 % d’entre elles ont plus de 50 ans et leur remplacement est rarement prévu
Gardons en tête que pour un enfant, devoir changer de famille d’accueil après seulement quelques années est une rupture traumatisante, surtout après avoir déjà vécu des séparations. Il est donc pour nous urgent, et le groupe UGES l’a déjà évoqué, de favoriser le renouvellement générationnel ainsi qu’une meilleure valorisation de la profession d’assistante familiale pour encourager plus de jeunes à rejoindre cette carrière. Il ne s’agit pas seulement de salaire mais aussi de conditions de travail, de la capacité à participer à l’accompagnement des enfants dont elles prennent soin, et de les aider à acquérir le logement adéquat. Mais aussi de bénéficier de lieux de répit et pas seulement en période de crise. Pour encore et toujours prévenir, plutôt que guérir.
Parce que le nombre d’enfants placés ne cesse d’augmenter, alors que le nombre d’assistants familiaux continue de diminuer, des juges sont parfois contraints de renoncer à placer des enfants en danger, faute de familles d’accueil disponibles.
Pour autant, et parce que les situations différentes nécessitent des réponses différentes, il reste primordial de pouvoir compter sur des éducateurs spécialisés solidement formés aux questions de la protection de l’enfance dans les établissements. Des établissements pour lesquels il n’existe d’ailleurs pas de normes d’encadrement. Aujourd’hui il n’y a pas de texte de référence. Ce qui est dommageable pour les enfants accueillis comme pour les professionnels. C’est un combat important.
Enfin, le Département de l’Isère observe un nombre de Mineurs Non Accompagnés en augmentation. Restons mobilisés, ce sont des enfants, des adolescents qui ont déjà subi l’horreur. Nous devons leur apporter de l’apaisement et un avenir. C’est une question de solidarité et de dignité humaine.
Tous ces sujets sont difficiles, sensibles et coûteux, mais ils nous engagent. Nous voulons combattre la fatalité et construire des politiques fortes et combatives pour à nouveau redonner un sens au monde dans lequel nous vivons. Ce chapitre Enfance Famille fait partie de nos priorités politiques.
