13 janvier 2026

L’Aéroport Grenoble-Alpes-Isère toujours dépendant de l’argent public

Dans le cadre du vote de la nouvelle concession de l’aéroport Grenoble Alpes Isère, le groupe UGES déplore une stratégie d’usages insuffisamment claire, une forte dépendance à l’argent public, des risques financiers supportés par les contribuables, une ambition environnementale trop déclarative et une gouvernance encore faible.

Le 04 décembre 2025, les conseillères et conseillers départementaux étaient appelés à se prononcer sur la nouvelle concession de l’aéroport Grenoble Alpes Isère, équipement structurant mais infrastructure fragile, coûteuse, et aujourd’hui au cœur de défis majeurs.

La position du groupe UGES est réfléchie, argumentée, responsable. Elle s’appuie à la fois sur l’analyse du contrat, sur l’histoire de cette infrastructure, et sur la réalité des équilibres économiques, environnementaux et territoriaux. Oui, l’aéroport joue un rôle pour l’accès à nos stations, pour certaines activités économiques et pour la formation aéronautique. Mais il manque un cap clair sur l’usage réellement de cette plateforme et plusieurs questions restent sans réponse :

  • Où est la véritable stratégie “4 saisons”, concrète, chiffrée, articulée avec le rail, les mobilités propres et le climat ?
  • Comment garantir un équilibre entre aviation de loisirs, d’affaires, lignes commerciales et formation ? Dans un cadre qui assure cohérence et sobriété !
  • Quelle politique de destinations au service des Iséroises et des Isérois, et pas seulement du tourisme international ?

Le potentiel existe, mais les usages restent trop flous pour un engagement à 12 ans. Au niveau de la gestion : nous avons un contrat mieux structuré, mais toujours trop favorable au concessionnaire.

Le groupement EDEIS – CB Autocars devient l’attributaire. Un acteur omniprésent dans les concessions, dont l’expérience est réelle… comme le sont aussi ses nombreux contentieux. Sa proposition est annoncée comme plus avantageuse que celle de l’opérateur actuel, avec une contribution publique dégressive et un partage à 50 % des investissements non régaliens – contre 70 % aujourd’hui. Mais nous restons vigilants car nous le savons bien, les avenants peuvent rapidement changer l’équilibre financier, comme nous l’avons déjà vu ailleurs. Et l’ajout d’investissements annexes – type ENAC – peut bouleverser le budget initial.

Plus globalement, nous voyons des fragilités majeures dans cette nouvelle concession :

  • une dépendance durable aux finances publiques, avec plus de 25 M€ à la charge du Département,
  • des hypothèses de trafic incertaines, dans un contexte où le transport aérien est instable et en transition,
  • des risques financiers supportés par les Isérois-es et non par le concessionnaire,

Surtout, nous faisons le même constat que la Cour des comptes en 2003, 2008, et encore en 2023 : les aéroports intermédiaires sont structurellement déficitaires et fonctionnent grâce à l’argent public !

En 2024, l’aéroport a nécessité 1,8 M€ de contribution départementale pour un résultat d’exploitation de 500 000 €. Et parallèlement, les gestionnaires pratiquent des abattements de redevances pour attirer les compagnies, se privant de recettes et accentuant la dépendance aux subventions.

D’autre part, au niveau de l’environnement, certes l’ambition est affichée mais elle reste encore top théorique. Nous partageons l’objectif de décarbonation. Mais entre l’intention et l’action, il manque l’essentiel :

  • Peu d’engagements chiffrés, peu de jalons.
  • Une dépendance à des technologies encore émergentes, sans trajectoire réaliste (électrique, hydrogène).
  • Aucune stratégie sérieuse de réduction du bruit ou des pollutions locales.
  • Rien sur l’articulation avec les mobilités ferroviaires et bas carbone.

Nous devons aussi regarder en face l’impact carbone du modèle touristique. La quasi-stabilité du trafic depuis 5 ans, très loin des 470 000 passagers de 2007, n’a aucun effet négatif sur la fréquentation de nos stations. Les touristes – y compris étrangers – se tournent davantage vers le train. Et c’est tant mieux. Dans ce contexte, continuer à subventionner une infrastructure fortement émettrice, avec des vols qui peuvent atteindre 250 kg de CO₂ par passager pour un Londres–Grenoble, interroge profondément. La transition environnementale doit être réelle, mesurable, contrôlable. Ce n’est pas le cas.

L’Isère mérite un projet aéroportuaire qui ne se contente pas de « réduire un peu » mais qui montre la voie de la transformation écologique réelle, crédible et vérifiable !

Au niveau social et sociétal, l’aéroport a un impact réel mais une gouvernance encore trop faible. Oui, l’aéroport contribue à l’emploi et au dynamisme touristique. Oui, les missions de sûreté sont assurées. Mais pour les élus-es de notre groupe politique, il manque :

  • une gouvernance associant les communes riveraines, les acteurs économiques, les associations environnementales ;
  • un dispositif d’écoute et de transparence pour renforcer l’acceptabilité sociale ;
  • des garanties sur la qualité de l’emploi et les conditions de travail ;
  • un cadre de suivi permettant réellement de rendre des comptes à la population.

Les élus-es du groupe  UGES se sont abstenus sur un projet insuffisamment écologique, insuffisamment social, insuffisamment prudent financièrement: trop d’incertitudes majeures sur les usages et la stratégie “4 saisons”, des risques persistants pour les finances publiques, une ambition environnementale encore largement déclarative, un déficit de gouvernance et d’acceptabilité sociale et une dépendance structurelle à l’argent public que la Cour des comptes dénonce depuis 20 ans.

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