13 mai 2026

Un budget 2026 prudent, une injustice assumée

Lors de leur intervention générale sur le budget 2026, les élu.e.s du groupe UGES ont souligné le rôle crucial des Départements face aux crises sociales et financières. Nous déplorons les choix budgétaires injustes et insuffisamment solidaires de la majorité départementale. Nous appelons au contraire à un budget plus équitable et recentré sur les besoins sociaux.

Le vote de budget est toujours un moment solennel pour une collectivité et c’est aussi l’occasion pour les élu.e.s du groupe UGES de saluer l’engagement des personnels du Département et du SDIS, qui assurent la continuité du service public aux Isérois, au quotidien. Même si nos points de vue diffèrent lors des débats budgétaires, il faut rappeler que nous restons unis par une même confiance et un respect partagé envers toutes celles et tous ceux qui œuvrent au service de l’intérêt général.

Le Département, socle de notre contrat social

Les Départements constituent le socle de notre contrat social : ce sont les collectivités territoriales en première ligne, celles qui assurent concrètement la cohésion du pays. À ce titre, ils doivent à la fois :

  • Amortir des politiques nationales défaillantes, notamment l’absence d’une véritable politique industrielle dans notre pays (ex des crises actuelles: Teisseire, Aciéries de Bonpertuis) et amortir des réformes nationales injustes qui renforcent la précarité (réforme de l’assurance chômage que la droite soutient et qui impacte directement le nombre d’allocataires du RSA)
  • Répondre aux défis du siècle : continuer à prendre soin et à amortir les chocs liés à l’augmentation de la pauvreté, au vieillissement de la population, au nombre croissant d’enfants à protéger, sans oublier de prendre en compte le dérèglement climatique dont nous sommes toutes et tous comptables et d’anticiper ses effets.

En somme les départements ont l’immense responsabilité de protéger les femmes, les hommes et les enfants vulnérables et de se réinventer sans cesse pour anticiper l’avenir. Ils ont l’immense responsabilité de faire plus et de faire mieux pour répondre à ces grands défis du siècle.

Les Départements subissent les politiques libérales des Gouvernements Macron

La réalité, c’est que les départements sont confrontés à un problème structurel de financement de leurs politiques sociales.

La réalité, c’est que tous les départements, qu’ils soient dirigés par la droite ou par la gauche, subissent l’effet ciseaux, certains plus fortement que d’autres. En Gironde, par exemple, les recettes de DMTO sont passées de 550 M€ en 2022 à 342 M€ en 2024, soit une baisse de 40 %. Et que se passerait-il si, chez nous, ces recettes chutaient de 210 M€ à 120 M€, voire moins ? Le Nord, la Loire, les Bouches-du-Rhône ou encore l’Orne (gérés par la Droite) sont confrontés aux mêmes tensions, pour les mêmes raisons.

La réalité, c’est que l’alerte est partagée par tous. Lors des dernières Assises 2025 des départements de France, l’ensemble des Présidents de département a adopté à l’unanimité une résolution pour la sauvegarde du modèle social français.

La réalité, enfin, c’est que les choix budgétaires nationaux ne permettent plus de préserver ce modèle. Le discours de la majorité départementale, lui, reste inchangé : trop de dépense publique, toujours trop de dépense publique ; dénonciation de nouvelles taxes, appel constant à la réduction des dépenses. Mais regardons les faits.

Oui, la dépense publique en France est élevée, mais elle demeure globalement stable autour de 57 % du PIB. Dans le même temps, les baisses d’impôts engagées sous les gouvernements Macron — que la Droite départementale a soutenu — ont privé l’État de près de 40 milliards d’euros de recettes par an entre 2017 et 2022 (rapport de la Cour des comptes, 2023). Un minimum d’honnêteté intellectuelle devrait conduire à le reconnaître.

Plus de justice fiscale

Les propos du Président Jean-Pierre Barbier sur « qui paie des impôts en France ? » nous ont à la fois choquée et surpris. Pointer du doigt celles et ceux qui ne paient pas d’impôt, alors que près de 11 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, dans le contexte social que nous connaissons, nous paraît pour le moins indécent. À l’inverse, il nous semblerait plus juste de s’intéresser aux plus grandes fortunes, celles qui ont largement bénéficié des baisses d’impôts depuis 2017, souvent sans contrepartie, et qui, aujourd’hui, semblent avoir oublié le sens même du mot patriotisme.

Pourquoi les colères s’expriment elles partout dans le pays ? Parce que les citoyens ne se sentent pas entendus. Le Président Jean-Pierre Barbier nous appelait à être à l’écoute des habitants : sait-il que plus de 80 % d’entre eux demandent davantage de justice fiscale ? Que 85 % soutiennent la taxe Zucman ? Cette justice fiscale, que la Droite départementale rejette, est pourtant une condition essentielle à la préservation de notre modèle de protection sociale. Elle est aussi la garantie de la continuité des services publics, portés par les collectivités locales comme par le tissu associatif.

En refusant d’envisager de nouvelles recettes, le Président du Département dessert son propre camp ! Car son camp, ce devrait être avant tout le Département — et non les vieilles doctrines de la Droite.

Quand la prudence devient renoncement

Nous n’avons rien contre la prudence budgétaire. Bien au contraire, elle est nécessaire dans le contexte actuel comme dans la gestion d’une collectivité. Mais la prudence ne saurait tenir lieu de cap politique.

Or, le budget 2026 du Département de l’Isère est un budget de « prudence »… qui se traduit concrètement par un statu quo. Il est, à quelques ajustements près — notamment liés aux allocations individuelles de solidarité (RSA, PCH, APA) — identique à celui de mars 2025. Qui dit même budget, dit mêmes orientations.

Même budget qu’en mars, donc même recours à la réserve financière DILICO (dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités) que le Département de l’Isère ne versera pas une nouvelle fois cette année. Si une contribution devait être versée, elle limiterait certes le recours à l’emprunt. Mais sur les 28,5 millions d’euros que nous n’emprunterions pas, nous demandons à nouveau de consacrer 2 millions d’euros à la création d’un fonds de réserve pour le secteur associatif. Car qui dit même budget, dit aussi confirmation du désengagement du Département envers ce secteur : 1,4 million d’euros en moins en 2025. Un plan social silencieux est à l’œuvre dans l’économie sociale et solidaire. Il fait moins la une, mais il est bien réel : 250 emplois associatifs supprimés cette année dans notre département. En reconduisant ce budget, le Département assume une part de responsabilité.

Mieux dépenser pour préserver l’essentiel

Le groupe UGES ne demande pas nécessairement de dépenser plus, mais de dépenser autrement. Mieux dépenser, c’est construire un budget de justice, un budget qui préserve l’essentiel. Et préserver l’essentiel, ce n’est pas seulement gérer des compétences obligatoires : c’est protéger, accompagner, prendre soin des femmes, des hommes et des enfants. C’est aussi savoir se réinventer, interroger nos politiques et anticiper l’avenir.

C’est dans cet esprit que, tout au long des débats budgétaires rythmant la fin d’année 2025, le groupe UGES a exprimé sa vigilance et proposé des réorientations vers davantage de justice.

  • En matière de protection de l’enfance : nous appelons à renforcer la prévention et à mieux accompagner les enfants placés, notamment les mineurs non accompagnés, face aux réseaux d’exploitation.
  • Concernant l’hébergement d’urgence : il est impératif d’agir pour que des enfants ne dorment plus à la rue. Le Département ne peut s’exonérer de cette responsabilité : il en va de la dignité humaine, de la santé et de la sécurité.
  • Nous portons un élargissement de l’accès au Fonds de Solidarité Logement, alors que la politique du logement, fragilisée par les choix nationaux, ne permet plus de répondre à la saturation des dispositifs d’urgence.
  • Nous appelons à une vigilance accrue dans la lutte contre les violences intrafamiliales, à un renforcement de l’aide alimentaire face à une précarité croissante — notamment chez les jeunes —, ainsi qu’à un soutien accru aux associations aujourd’hui débordées.
  • Nous insistons aussi sur la nécessité de lutter efficacement contre la désertification médicale, de repenser le modèle des établissements accueillant les personnes âgées dépendantes, et d’assurer un suivi effectif des droits des personnes en situation de handicap, en particulier des élèves sans accompagnement adapté.
  • Nous plaidons pour une plus grande autonomie alimentaire en soutenant les agriculteurs, notamment dans leur transition agroécologique, et pour des politiques environnementales renforcées, par exemple en réinterrogeant le plan « un arbre, un habitant » afin d’en faire un véritable levier contre les îlots de chaleur.
  • Nous proposons également de soutenir davantage les actions d’éducation à la vie affective et relationnelle, ainsi que la lutte contre le harcèlement scolaire, en lien avec les établissements.
  • Enfin, nous appelons à engager un véritable travail sur la mixité scolaire. Moderniser ou reconstruire des collèges ne peut être seulement une opération immobilière : c’est un projet éducatif et social, qui doit intégrer des enjeux humains, territoriaux et pédagogiques.

Au-delà de ces orientations, un budget de justice suppose aussi de maîtriser les investissements, afin de ne pas faire peser sur les Isérois le coût de projets discutables.

Le Département de l’Isère a fait le choix de financer la modernisation de l’École nationale de l’aviation civile (ENAC), hors de ses compétences. Il subventionne une opération immobilière privée à Vienne sans logements sociaux.Il accompagne des montages public-privé sans garanties suffisantes, et soutient indirectement, via l’aéroport, des modèles économiques incertains. Il a également augmenté les subventions aux collèges privés, sans exigences comparables à celles imposées aux associations.

Ces choix traduisent une orientation : demander des efforts aux plus fragiles et au tissu associatif, tout en finançant des projets sans contreparties claires pour le territoire. Dans ce contexte, ne serait-il pas plus juste — même si cela peut sembler impopulaire — de réinterroger la tarification unique des cantines au profit d’une modulation selon les revenus ?

Voilà ce que défendent les élu.e.s du groupe UGES : un budget de justice sociale et climatique pour les Isérois. Cela suppose parfois des décisions courageuses. Mais n’est-ce pas précisément le rôle des responsables politiques que de préserver l’essentiel et de faire des choix justes ?

Le Président Jean-Pierre Barbier a évoqué une gestion « en bon père de famille ». Nous lui répondons qu’être bon est aisé ; être juste est plus exigeant.

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