Le groupe UGES a dénoncé le décalage entre la hausse importante des recettes départementales et les choix de la majorité, qui continue de réduire son soutien aux associations de solidarité et de ralentir les investissements pour la transition écologique.
Comme l’a souligné le vice-président aux finances, cette décision modificative (DM) est caractérisée par une forte hausse des recettes, liées aux produits de taxe et aux dotations de la CNSA, qui sont sous-évalués de manière conséquente et systématique dans les budgets primitifs.
Les recettes sont également en hausse grâce à l’impact de l’augmentation des taux de DMTO et à un marché immobilier qui reste dynamique en Isère. C’est une chance, puisque la DMTO constitue aujourd’hui le seul levier fiscal direct des départements, dans un contexte où les gouvernements Macron ont considérablement réduit l’autonomie financière des collectivités ces dernières années.
Une autonomie fiscale réduite, mais aussi une autonomie financière qui l’est tout autant, puisque l’État se repose sur les départements pour garantir les solidarités les plus essentielles, sans compensation à la mesure des besoins sociaux. C’est un point sur lequel nous pouvons nous retrouver.
Les budgets des départements, comme cette décision modificative en Isère, reflètent ainsi une situation sociale dégradée. Nous aurons l’occasion d’évoquer plus largement ces sujets lors des prochains débats budgétaires, mais nous pouvons déjà noter une augmentation des besoins liés au RSA, en raison de la conjoncture, mais aussi des réformes successives de l’assurance chômage. Des décisions dont la majorité départementale est ici comptables, il faut bien le dire, parce que certains d’entre eux sont parlementaires ou parce que les autres soutiennent leurs parlementaires.
Des recettes en hausse, mais des choix politiques toujours incompréhensibles
Cette DM enregistre une hausse conséquente des recettes, que la majorité a tenté d’atténuer par la suppression de la neutralisation des amortissements des subventions d’équipement. Les recettes atteignent ainsi 69 millions d’euros, après les 39 millions supplémentaires votés lors du budget supplémentaire. Ces recettes viennent, comme à l’accoutumée, réduire le recours à l’emprunt du Département.
Dans ce contexte qui reste favorable, nous ne comprenons toujours pas les choix faits ces deux dernières années : tailler dans le soutien du Département aux acteurs associatifs, lisser les investissements dans les collèges, rester en retrait des projets éducatifs alors que le Département dispose de leviers forts pour agir.
Tout cela alors que les montages dans les opérations d’investissement du Petit Train de La Mure ou du Palais du Parlement restent bancals, patinent et demeurent particulièrement coûteux pour la collectivité.
Certes, nous n’apprenons rien des orientations dans cette DM, mais nous sommes en droit de nous demander si cette majorité est en suspension, dans l’attente des prochaines échéances électorales.
Le Département doit prendre sa part pour la jeunesse
Le vote de cette DM s’inscrit pourtant dans un climat à la fois social, mais aussi climatique, après l’été que nous venons de traverser. Cette situation doit résolument engager les pouvoirs publics à agir pour l’avenir.
Agir pour l’avenir, c’est d’abord agir pour la jeunesse, alors que celle-ci est dans la rue et demande légitimement des comptes à ceux qui nous gouvernent.
Bien sûr, le Département n’est pas en première ligne, mais il doit se sentir concerné. Il l’est lorsque la jeunesse manifeste ses souffrances face à des cadences et des rythmes éprouvants et stressants qui commencent dès le collège, avec parfois seulement 15 minutes pour avaler un repas dans des cantines mal calibrées.
Il est également concerné lorsque ce stress s’ajoute à des situations qui viennent percuter les équilibres psychiques et psychologiques des jeunes, parfois confrontés au harcèlement. Sur ce sujet, le Département pourrait sortir de sa timidité et déployer enfin un plan à la mesure des enjeux, alors que les tentatives de suicide chez les adolescentes et les jeunes femmes ont augmenté de 76 % depuis 2020.
Il est concerné par la lutte contre les inégalités scolaires et sociales, alors que nous demandons depuis le début du mandat un travail de fond sur la mixité sociale et la carte scolaire dans notre département.
Il est enfin concerné lorsque les jeunes demandent à étudier dans des conditions dignes. Sans rien enlever aux investissements réalisés ces dernières années dans les collèges de l’Isère, plusieurs établissements restent dans des situations bâtimentaires extrêmement vétustes et mal adaptées au dérèglement climatique, générant des conditions d’apprentissage très dégradées.
Oui, le Département peut, s’il le veut, faire plus et faire mieux pour sa jeunesse. Il peut prendre sa part. Il en a les leviers et cette DM nous prouve une nouvelle fois qu’il en a les moyens.
Agir pour l’avenir, c’est aussi s’adapter au dérèglement climatique
L’été que nous venons de traverser deviendra demain la norme. Il a été meurtrier et particulièrement éprouvant, notamment pour les personnes les plus vulnérables : les personnes âgées, les enfants en bas âge, celles et ceux touchés par des maladies chroniques ou particulièrement exposés à la chaleur dans le cadre de leur travail.
Il a également été particulièrement éprouvant pour les agriculteurs et leurs productions, ainsi que pour les éleveurs, avec des épisodes de sécheresse et de fortes tensions sur la ressource en eau. Depuis début juillet, 100 départs de feu ont été recensés en Isère. À cela s’ajoutent des dommages aux infrastructures, des conséquences sur le réseau routier et la fermeture de certains sites.
Alors, certes, nous ne sommes pas dans un débat d’orientations budgétaires. Mais tout de même : pas un mot durant toute la séance ! Première séance publique après cet été terrible et caniculaire, et pas un seul mot !
Faudra-t-il attendre le changement de majorité en 2028 pour enfin rattraper ces dix dernières années et engager une véritable planification écologique ?
