Le budget supplémentaire proposé par la majorité départementale privilégie le désendettement au détriment des solidarités. Malgré une amélioration de 34 millions d’euros de l’équilibre budgétaire, le Département ne renforce pas son soutien aux associations, déjà fragilisées par les baisses de subventions. Le groupe UGES a demandé la création d’un fonds d’urgence de 2 millions d’euros pour préserver les solidarités de proximité et les acteurs associatifs isérois.
Le budget supplémentaire 2026 du Département de l’Isère intervient dans un contexte national d’amélioration relative, mais réelle, de la situation financière des Départements en 2025.
Après deux années très difficiles, les recettes de fonctionnement repartent à la hausse. Les droits de mutation, qui avaient fortement chuté entre 2022 et 2024, connaissent un rebond significatif. L’épargne brute se redresse et le recours à la trésorerie diminue. Les équilibres budgétaires, sans être confortables, sont donc moins dégradés que ces dernières années.
Cette amélioration ne doit toutefois pas masquer les fragilités profondes qui demeurent. Les besoins sociaux continuent d’augmenter, dans une société marquée notamment par le vieillissement de la population et un système de protection de l’enfance à bout de souffle. Les droits de mutation restent dépendants du marché immobilier. L’inflation continue de peser sur les ménages, les structures et les services publics. Enfin, la hausse du chômage, déjà visible dans les chiffres du début d’année, laisse craindre une augmentation du nombre d’allocataires du RSA et des situations de précarité dans les mois à venir.
C’est précisément dans ce contexte qu’un Département doit pleinement tenir son rôle.
Le Département n’est pas une collectivité comme les autres. Chef de file des solidarités humaines, il est attendu par les familles, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les enfants protégés, les jeunes en difficulté, les ménages sans solution et celles et ceux qui basculent dans la précarité. Il est également attendu par le mouvement associatif qui, chaque jour, fait vivre concrètement ces solidarités dans nos territoires.
34 millions d’euros d’amélioration budgétaire, mais aucun geste fort pour les solidarités
Or, dans la continuité du budget primitif 2026, la majorité départementale ne se saisit pas de ce budget supplémentaire, qui bénéficie pourtant de plusieurs facteurs favorables, avec 34 millions d’euros d’amélioration de l’équilibre budgétaire, pour répondre à cette urgence.
Parmi ces 34 millions d’euros, nous constatons que le fonds de réserve DILICO 2, inscrit au budget primitif 2026 alors même que nous savions dès le mois de décembre que l’Isère en serait épargnée, ou presque, sert une nouvelle fois à diminuer le recours à l’emprunt.
Nous ne contestons pas la nécessité d’une gestion sérieuse. Mais nous contestons une vision de la gestion qui regarde uniquement la dette financière, sans regarder la dette sociale que nous sommes en train de creuser.
Un fonds d’urgence de 2 millions d’euros pour les associations iséroises
En décembre dernier, le groupe UGES avait demandé la création d’un fonds d’urgence pour le secteur associatif. La crise associative est désormais documentée au niveau national : 12 305 emplois ont disparu dans le secteur associatif en 2025. Nous avions proposé de mobiliser 2 millions d’euros pour répondre au plan social d’ampleur, et pourtant silencieux, qui est à l’œuvre dans notre département.
Deux millions d’euros, dans un budget départemental de cette ampleur, ce n’est pas une dérive budgétaire. C’est un choix politique raisonnable, ciblé et responsable, dont les acteurs associatifs ont besoin. D’autant que, dans le même temps, le Département a diminué son soutien au monde associatif de 1,4 million d’euros en 2025. Nous ne parlons donc pas d’une inquiétude abstraite, mais d’associations fragilisées, de postes supprimés, d’accompagnements réduits et de missions essentielles mises en tension.
Des coupes qui fragilisent les acteurs de terrain
Pour toute une série d’associations, la majorité départementale fait le choix de raboter, de tailler, de « gratter » dans les subventions associatives. Cela en devient presque mesquin. Sans revenir sur l’intégralité des associations mises à mal, plusieurs situations illustrent concrètement les conséquences de ces décisions.
C’est notamment le cas de l’association chargée des missions de premier accueil, d’accès aux droits et d’accompagnement social des ménages avec enfants mineurs ou à naître, sans abri et en situation administrative complexe. Face au refus de la majorité d’entendre ses besoins pour mener à bien ses missions, cette association a dû faire le choix de s’en retirer. Résultat : le Département se tourne vers une association extérieure en lui demandant de réduire le nombre de visites auprès des familles, et donc leur accompagnement social.
Nous le constatons également dans le cadre du Contrat départemental de protection de l’enfance. Le principal problème soulevé par les associations est que la prise en charge, par l’État et le Département, du seul coût des formations ne permettra pas de former l’ensemble de leurs techniciens de l’intervention sociale et familiale (TISF). Les associations ne peuvent en effet supporter le coût des rémunérations sans recettes correspondantes.
Nous le voyons aussi dans le champ de l’autonomie, avec la fragilisation d’associations reconnues comme AVIPAR, Alertes 38, HandiRéseau, Le Fil Rouge, l’UIAD, RéPSY, le TASDA ou encore le RHEOP. Ces structures constituent pourtant des maillons essentiels de protection, de prévention, de lien social, d’expertise et d’accompagnement.
Dans le logement et l’insertion, les baisses touchent également le Fonds de solidarité pour le logement (FSL), le soutien à la parentalité, les lieux d’accueil enfants-parents (LAEP), les relais petite enfance, les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), l’accompagnement social et l’insertion des jeunes.
L’environnement également touché par les restrictions budgétaires
Nous retrouvons cette même logique dans le domaine environnemental. Le nouveau règlement « À la découverte des ENS » réduit l’ambition du dispositif, diminue les financements, limite les sorties pour les écoles, plafonne les aides et introduit des critères qui ne garantissent pas davantage de justice sociale. La fin des ENS associatifs fragilise notamment des acteurs reconnus, comme le Conservatoire d’espaces naturels (CEN Isère).
La suppression de l’aide à ATMO, la fin des aides à l’isolation pour les ménages modestes et la disparition des aides aux investissements environnementaux en agriculture constituent autant de signaux très préoccupants au regard d’une crise écologique qui ne fait que s’amplifier. Les impacts directs du réchauffement climatique que nous subissons ces derniers jours partout en Europe en témoignent encore.
Des économies sur les solidarités, mais des millions pour d’autres projets
Ce que nous contestons, ce n’est pas l’idée d’une gestion prudente. C’est l’orientation politique de cette prudence. Dans ce budget, nous constatons des économies de bout de chandelle sur des structures utiles, proches du terrain, souvent peu coûteuses au regard de leur impact social. Mais, dans le même temps, certains choix demeurent beaucoup plus discutables.
Le Département continue par exemple de financer des dispositifs dont l’efficacité écologique et sociale mérite d’être interrogée, comme « Un arbre, un habitant », qui peut parfois davantage servir des objectifs de communication que la lutte réelle contre les îlots de chaleur. C’est pourtant aussi cela, la solidarité et l’équité entre les territoires, alors qu’ils ne sont pas tous exposés de la même manière aux fortes chaleurs dans notre département.
Nous continuons également d’assumer le déficit d’exploitation du Train de La Mure, après des investissements très lourds. Nous continuons d’accompagner les collèges privés au maximum de ce que permet la loi, parfois même au-delà de ce qui devrait relever de nos priorités politiques.
La majorité sait instaurer des moratoires sur l’eau potable ou l’assainissement, mais beaucoup moins sur d’autres dépenses, comme certaines infrastructures routières, la vidéoprotection des communes ou des projets déjà fortement soutenus par d’autres collectivités.
Bref, le Département sait toujours trouver des millions pour certains grands projets, tout en invoquant la prudence budgétaire pour justifier des reculs sociaux et environnementaux. Il y a donc bien des choix. Et ces choix traduisent clairement une hiérarchie des priorités.
Protéger les solidarités de proximité plutôt que les fragiliser
Pour notre groupe, la première responsabilité d’un Département, dans la période que nous traversons, est de protéger les solidarités de proximité, pas de les fragiliser. Quand le budget supplémentaire lui-même indique que « le contexte inflationniste accentue les besoins d’accompagnement », quelles décisions prenons-nous en conséquence ?
Nous ne pouvons accepter que l’on parle sans cesse de précarité dans les rapports tout en retirant concrètement des moyens à celles et ceux qui la combattent. Car constater la précarité ne suffit pas : il faut agir. C’est pourquoi nous renouvelons notre demande de création d’un fonds d’urgence départemental pour les associations.
Il ne s’agit pas d’opposer la bonne gestion et la solidarité. La bonne gestion, dans une collectivité comme celle du Département, consiste précisément à soutenir à temps celles et ceux qui évitent que les situations humaines ne se dégradent davantage. Nous devons sortir d’une logique uniquement comptable. Une économie n’est d’ailleurs pas toujours courageuse : elle est parfois injuste.
Chaque euro compte pour celles et ceux qui en ont besoin. Une économie immédiate peut devenir une dépense sociale différée. Et c’est sûrement le plus grave : une collectivité qui coupe trop vite dans les solidarités finit par payer plus cher demain les fractures qu’elle n’a pas voulu prévenir.
Ce budget supplémentaire aurait pu être l’occasion d’un geste fort envers le monde associatif et les solidarités locales. La majorité en avait les moyens. Il aurait pu être l’occasion d’affirmer que, malgré la nécessité de rester prudents, l’amélioration de la situation financière permettait aussi de protéger celles et ceux qui tiennent debout notre département. Ce n’est pas le choix de la majorité départementale.
Pour toutes ces raisons, le groupe UGES a appelé l’exécutif départemental à revoir ses priorités, à refuser que les associations deviennent la variable d’ajustement silencieuse de ce budget, à privilégier les solidarités concrètes aux marges comptables et à créer dès maintenant un fonds d’urgence de 2 millions d’euros pour le tissu associatif isérois.
Car la solidité d’un Département ne se mesure pas uniquement à sa capacité de désendettement, encore moins à sa capacité à devenir une chambre d’enregistrement de la rigueur. Elle se mesure aussi à sa capacité à protéger les plus fragiles, à anticiper, à soutenir celles et ceux qui agissent au quotidien et à éviter que les fractures humaines, sociales et écologiques ne deviennent demain des gouffres politiques, démocratiques et financiers.
